Après trois heures d’échange heureux, en compagnie de Jean-Marc
Nicolas, Didier Lamandé et Sandra Fleuriot, je pars au Dourven.. Motivé par l’action et par le dehors besoin de resserrer les choses de passer au physique de changer de vitesse. Le temps est au gris espoir de soleil.
J'entre dans la sculpture. La galerie est fermée. J’ai la clef. Je suis seul. Depuis la visite de Jean-Marc, tout a changé. Ce n’est plus pareil. Il y a corps c’est son geste qui apparaît. C’est plus émouvant. Même chanter n’est pas anodin. Je passe et je passe encore creusant le passage. Je sens que mon corps n’est pas affûté. J’entends l’appel de cette petite plage en bas.
J’enlève mes chaussures. Je ne peux que me mettre au sol, sur le sable. A plat sur les genoux. La respiration s’amplifie. Le poids tombe. Cela me prend longtemps. Recroquevillé. J'essaie de remonter et le poids est encore là. Comme si je forçais le mouvement.
Je décide de prendre des photos. Le silence est incroyable. Je pourrais le dessiner : une mèche de vague tout au bout. Un petit écoulement un cri d’oiseau perçant derrière ma tête. Presque rien. Marée basse silence réconfortant. L’immobilité des rochers est bruyante la même sensation en regardant les bateaux en calle sèche hier au port. L’arrêt provoque un sens accru du mouvement. Je vais tout au bout de la marée jusqu’à la vague très loin. Un héron ausculte l'air. Une femme se confond avec les cailloux. J’aperçois à peine sa silhouette. C'est la patronne du bistro. Elle apparaît avec un sac de coquillages. Je prends la plage en photo.
Comme si les gros rochers avaient fait place à ce tremplin d’espace. Etroit, cerné une fente. Aujourd’hui la marée est au plus bas elle se perd avec l’horizon très vite déjà elle remonte. Je découvre sur le sable un grand cercle. Trajectoire d’un bigorneau. Ce doit être lui. Parcours inachevé, parfait cependant. Il est là en suspension. C’est peut-être sa nuit. Une nuit d’air attendant son jour d’eau. Ici un champ de volutes, vrilles de vers points de hasard. Echo aux bouses de vaches aux chewing gums aux feuilles mortes. Tous, toutes, dans ce même rapport aux étoiles.
Capter la vague. Alternance de mouvements, d’élans de courses trépidantes entraîné par les grands espaces les bords de mer. A Stuyvesant Cove Park, à Manhattan sur un parking entre FDR Drive et East River. Face à l’Empire State, une sorte d’hommage dans lequel je mets amour et révolte à la fois. Où mon rythme prend la cadence des indiens qui dansent.
Paumes effleurées qui virevoltent, façon vol de mouette, sur fond de vague qui monte et qui descend. Envol des pensées pour sculpter l’imperceptible mouvement. Modelage en solitaire. Là les rochers observent immobilisés jusqu’au prochain bouleversement. Un rythme de siècle phoques d’un autre temps uniques chacun des milliers de nous acculés sur les plages refugiés. Garder la trace de ces foules turbulentes et de ce soleil de lichen jaune d’or. Quelques familles semblent incrustées dans la pierre. Comme des fleurs fossilisées. Je décide de partir, d' interrompre ce moment d'infini.