Vendredi 9 février 2007

Un moment d'infini

Après trois heures d’échange heureux, en compagnie de Jean-Marc Nicolas,
Didier Lamandé et Sandra Fleuriot, je pars au Dourven..
Motivé par l’action et par le dehors
besoin de resserrer les choses
de passer au physique
de changer de vitesse.
Le temps est au gris
espoir de soleil.

J'entre dans la sculpture.
La galerie est fermée.
J’ai la clef. Je suis seul.
Depuis la visite de Jean-Marc, tout a changé.
Ce n’est plus pareil.
Il y a corps
c’est son geste qui apparaît.
C’est plus émouvant.
Même chanter n’est pas anodin.
Je passe et je passe encore
creusant le passage.
Je sens que mon corps n’est pas affûté.
J’entends l’appel de cette petite plage en bas.

J’enlève mes chaussures.
Je ne peux que me mettre au sol, sur le sable.
A plat sur les genoux.
La respiration s’amplifie.
Le poids tombe.
Cela me prend longtemps.
Recroquevillé.
J'essaie de remonter et le poids est encore là.
Comme si je forçais le mouvement.

Je décide de prendre des photos.
Le silence est incroyable.
Je pourrais le dessiner :
une mèche de vague tout au bout.
Un petit écoulement
un cri d’oiseau perçant derrière ma tête.
Presque rien.
Marée basse
silence
réconfortant.
L’immobilité des rochers est bruyante
la même sensation en regardant les bateaux en calle sèche hier au port.
L’arrêt provoque un sens accru du mouvement.
Je vais tout au bout de la marée
jusqu’à la vague
très loin.
Un héron ausculte l'air.
Une femme se confond avec les cailloux.
J’aperçois à peine sa silhouette.
C'est la patronne du bistro.
Elle apparaît avec un sac de coquillages.
Je prends la plage en photo.

Comme si les gros rochers avaient fait place à ce tremplin d’espace.
Etroit, cerné
une fente.
Aujourd’hui la marée est au plus bas
elle se perd avec l’horizon
très vite déjà elle remonte.
Je découvre sur le sable un grand cercle.
Trajectoire d’un bigorneau.
Ce doit être lui.
Parcours inachevé, parfait cependant.
Il est là en suspension.
C’est peut-être sa nuit.
Une nuit d’air attendant son jour d’eau.
Ici un champ de volutes, vrilles de vers
points de hasard.
Echo aux bouses de vaches 
aux chewing gums 
aux feuilles mortes.
Tous, toutes, dans ce même rapport aux étoiles.

Capter la vague.
Alternance de mouvements, d’élans
de courses trépidantes
entraîné par les grands espaces
les bords de mer.
A Stuyvesant Cove Park, à Manhattan
sur un parking entre FDR Drive et East River.
Face à l’Empire State, une sorte d’hommage dans lequel je mets amour et révolte à la fois.
Où mon rythme prend la cadence des indiens qui dansent.

Paumes effleurées qui virevoltent, façon vol de mouette, sur fond de vague qui monte et qui descend.
Envol des pensées pour sculpter l’imperceptible mouvement.
Modelage en solitaire.
Là les rochers observent
immobilisés jusqu’au prochain bouleversement.
Un rythme de siècle
phoques d’un autre temps
uniques
chacun
des milliers de nous
acculés sur les plages
refugiés.
Garder la trace de ces foules turbulentes
et de ce soleil de lichen
jaune d’or.
Quelques familles semblent incrustées dans la pierre.
Comme des fleurs fossilisées.
Je décide de partir, d' interrompre ce moment d'infini.

Par ym - Publié dans : ymusard-impressions
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